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témoin homosexuel

 1 - Pourquoi s'intéresser aux Témoins de Jéhovah homosexuels ?

 2 - Détresse et paradoxe

 3 - " Les homosexuels n'hériteront pas du Royaume de Dieu "

 4 - Homosexualité au quotidien

 5 - Conclusion

Références

 

Ce dossier reprend la trame et actualise celui jadis présent sur l'ancien site TJ-Support (voir page d'accueil). Il expose sans pruderie ni concession, et parfois avec fermeté, la problématique de vie du Témoin de Jéhovah homosexuel. Il est construit autour de témoigages recueillis à partir de 2001 auprès de Témoins de France, Belgique, Angleterre, Ecosse, Etats-Unis et Canada.
 

1 - Pourquoi s'intéresser aux Témoins de Jéhovah homosexuels ?

Des chrétiens, il y en a sur toute la planète. Des homosexuels, aussi. Mais les Témoins de Jéhovah homosexuels ont ceci de particulier que leurs coreligionnaires refusent d'admettre leur existence, ni même ne l'envisagent, convaincus qu'une fois baptisé, un Témoin n'est plus homosexuel (ou ne devrait plus l'être), puisque 'purifié de tout péché'(1-01). Partant de là, un Témoin homosexuel vit dans une permanente contradiction, créée par sa religion, entre ce qu'il est, sa nature d'être humain, et ce que les autres pensent qu'il est, ou ont envie qu'il soit. Notez que les TJ n'ont pas le monopole du rejet de toute forme d'homosexualité en leur sein : la majorité des grandes religions (sauf le protestantisme, plus modéré), même non chrétiennes, partagent cette aversion (1-02). Le dossier sexe et religion explique que cette condamnation s'appuie sur deux grands postulats :

  1. Un faux lien établi arbitrairement entre la moralité et la normalité, concluant que ce qui est anormal est forcément immoral.
  2. La peur de reconnaître l’homosexualité comme un désordre physiologique, amenant à se raccrocher à l’idée qu'un comportement appris peut être désappris.

De plus, l'organisation des Témoins affirme, sans émettre l'ombre d'une réserve, qu'elle est le seul mouvement religieux de la planète ayant l'approbation de Dieu, et que quiconque n'intègre pas ses rangs et n'adhère pas à ses enseignements fera l'objet d'une destruction éternelle lors de la guerre de Dieu, appelée dans la Bible "Harmaguédon" et présentée comme "très proche". Voyez par exemple ce que rappelle avec force et détails leur feuillet interne "Ministère du Royaume", daté du 27 décembre 2010, sous l'intertitre "Le culte familial : une question de survie !", afin de responsabiliser davantage (voire développer un certain degré de culpabilité) les pères dans leur rôle d'éducateur religieux :

IMAGINEZ-VOUS à quel point “ la guerre du grand jour de Dieu le Tout-Puissant ” sera redoutable (Rév. 16:14) ? [...] Qu'arrivera-t-il à ceux qui ne servent pas Jéhovah ? La Parole de Dieu répond : “ Les gens tués par Jéhovah en ce jour-là seront d'un bout de la terre jusqu'à l'autre bout de la terre. ” — Jér. 25:33.
Au vu de tels avertissements, les chefs de famille — dont beaucoup sont des pères ou des mères seuls — ont tout intérêt à se demander si leurs enfants qui ont l’âge de raison survivront à cet événement dramatique. La Bible affirme que ce sera le cas, à condition qu’ils soient forts (au regard de leur âge) sur le plan spirituel. — Mat. 24:21.

Face à une telle argumentation utilisant la mort littérale et permanente comme moteur, plus déstabilisante qu'incitant réellement à l'équilibre, il n'est pas rare que des observateurs aient du mal à déterminer si tous les Témoins servent réellement Dieu (ou restent attachés à leur organisation, ce qui pour eux est équivalent) par amour pour Lui ou par pure crainte du châtiment, même si beaucoup seraient probablement offusqués qu'on ose mettre ainsi en doute la sincérité de leur culte.

Je peux citer à ce sujet les propos étonnamment francs tenus par un jeune Témoin célibataire qui a servi comme évangélisateur à plein temps durant plusieurs années dans une congrégation du sud de la France dans les années 2000, et qui témoignent du flou qui subsiste dans l'esprit de certains chrétiens face aux rappels permanents de destruction : "je sers Jéhovah uniquement parce que il y a la promesse du Paradis, sinon je n'en verrais pas la nécessité".

Ce n'est bien entendu pas la conviction qui est ici montrée du doigt (comment un chrétien sans conviction pourrait-il défendre sa foi ?), mais la position officielle particulièrement dure d'un mouvement qui, de plus, n'hésite pas à décourager toute tentative, de la part du fidèle, de quelconque recherche sérieuse visant à s'assurer du bien fondé de ce qui est lui présenté comme une vérité divine (voir la note (2) en page d'accueil). Même les versets de la Bible doivent impérativement passer par le filtre de l'interprétation de cette organisation. Ce n'est donc pas réellement la Parole de Dieu, après simple lecture (comme le faisaient tous les chrétiens des siècles passés), qui décide de la conscience du fidèle, mais l'interprétation qui en est faite puis imposée à toute une communauté de 'frères et soeurs'. Le raisonnement est banni, seule la soumission, même à l'erreur, est exigée. Le moindre doute sur la légitimité de cette organisation n'est pas permis, tout doute naissant étant considéré comme un début de désaffectation. Un Témoin de Jéhovah fidèle n'est pas censé comprendre de son propre chef la Parole de Dieu, pourtant mise à disposition de tous les hommes, il ne fait qu'assimiler l'interprétation que son organisation lui présente. Toute compréhension différente est considérée comme inexacte. Et si un fidèle se permettait de propager telle "inexactitude", il ferait à terme l'objet d'une excommunication, avec rupture des liens familiaux et de tous ceux qui étaient jusqu'alors ses "amis" dans la foi. Cette façon de faire est le meilleur moyen d'assurer une obéissance absolue de la part de cette organisation. Mais n'est pas cohérente avec le désir du chrétien de s'assurer qu'il détient bien la vérité sur Dieu.

Partant de là, tous ceux qui se disent chrétiens mais ne sont pas Témoins de Jéhovah ne sont pas considérés par ces derniers comme des vrais chrétiens, mais plutôt des leurres spirituels mis en place par le Diable, une composante de "Babylone la Grande", symbole de l'ensemble des "fausses" religions (sauf de celle des Témoins) (1-03). Et le fait est qu'un Témoin de Jéhovah fidèle est, tout comme l'organisation à laquelle il est voué, intimement convaincu de détenir LA vérité pure Dieu et le monde qui l'entoure. Le Témoin homosexuel, on y vient, tout aussi obéissant et fidèle (et ne nous y trompons pas, ce sont de réelles vertus), doit donc adhérer aux propos de ses instances religieuses concernant, en autres, son orientation sexuelle. Et c'est là que commence les difficultés d'un paradoxe insolvable.

 

2 - Détresse et paradoxe

Le Témoin homosexuel, qui sait pertinemment que son orientation n'est ni un choix ni une question de ' sentiments ressentis de temps en temps', est donc au milieu d'une véritable guerre entre :

  1. Les enseignements culpabilisateurs de sa religion sur ce que sont les homosexuels et la nature de l'homosexualité, enseignements devant pourtant être acceptés sans douter.
  2. Son orientation sexuelle qui n'est qu'un paramètre de vie comme un autre jusqu'à ce qu'on lui impose de croire le contraire.
  3. Sa compréhension de l'amour de Dieu pour toutes sortes d'hommes, sans distinction de genre.

Cet amour pourrait d'ailleurs être résumé en un seul texte sacré, ce que développe très bien l'encyclopédie biblique des TJ, " Perspicacité des Ecritures - Tome 1", page 110 :

À propos des fruits de l'esprit, dont l'amour est le premier, la Bible dit : “ Contre de telles choses il n'y a pas de loi. ” (Ga 5:22, 23). Aucune loi ne peut limiter cet amour. On peut le témoigner à ceux à qui il est dû n'importe quand, n'importe où et dans n'importe quelle mesure. En fait, la seule dette que les chrétiens devraient contracter entre eux est celle de l'amour (Rm 13:8). Cet amour mutuel est une marque distinctive des vrais chrétiens. — Jn 13:35.

Notre Témoin homosexuel s'interroge alors en permanence : "Comment continuer à aimer - et se faire aimer par - un Dieu dont l'organisation terrestre met à l'index une orientation sexuelle que je n'ai pas choisie ? Et si la Bible est censée répondre à toutes sortes de questions, pourquoi est-elle floue ou au mieux accusatrice sur le sujet ? Pourquoi  les homosexuels ne sont-ils pas compris dans l'organisation de Dieu ?".

Pour ajouter à sa douleur, il voit ses compagnons chrétiens se marier l'un après l'autre, ce qui accentue sa solitude (finies les soirées entre copains). Des mariages qui par ailleurs se font de plus en plut tôt et confirment les propos de Paul rapportés dans sa première lettre aux Corinthiens, chapitre 7, versets 8 et 9 : " il vaut mieux se marier que de brûler [de passion] " (TMN).

Un chrétien - et retraité - du sud de la France avait noté que les jeunes se mariaient de plus en plus tôt, certains à peine sortis d'une adolescence qui semblait ne pas finir ! Convaincu qu'ils passaient devant le maire plus pour avoir rapidement des relations sexuelles sans troubler leur conscience que par réelle maturité ou désir de fonder une famille, il avait coutume d'appeler ça, non sans humour, de la "fornication théocratique" !

Notre Témoin homosexuel, qui "brûle de passion" mais ne peut se marier, que lui reste-t-il pour gérer sa situation ? Principalement une remise en question de sa propre existence, un questionnement destructeur, rempli d'incohérences, et l'obligation malgré lui de faire semblant d'être "normal" (comprendre "hétérosexuel") aux yeux de ses compagnons chrétiens. Cette situation extrêmement complexe sur le plan émotionnel peut donner le sentiment de n'appartenir à aucun groupe en particulier (ni TJ vraiment spirituel, ni incroyant, ni gay, juste un homosexuel en tentative de "guérison", une erreur...), et qui en a mené plus d'un à la dépression et au suicide (oui, on se suicide aussi chez les Témoins de Jéhovah, mais les dépressifs se cachent derrière la conviction que la souffrance est le lot du chrétien, ainsi que leur dicte leur compréhension de Matthieu chapitre 10 verset 38 (TMN) : "Et quiconque n'accepte pas son poteau de supplice et [ne] suit [pas] derrière moi n'est pas digne de moi"). Même avec des pensées suicidaires, un Témoin ne veut pas forcément mettre fin à ses jours car il sait que la vie est un don précieux de Dieu (2-01), et pourtant il ne peut s'empêcher de souscrire à ces paroles de Job, fidèle personnage des temps bibliques : "Je voudrais que tu me caches dans le monde des morts, que tu me mettes à l'abri jusqu'à la fin de ta colère. Tu me dirais alors à quel moment tu voudras bien te souvenir de moi !" - Job 14:13 La Bible Parole de Vie). Il est donc condamné à "boire le calice" malgré lui, il devient un célibataire forcé, un "célibataire sexuel". Certains ont préféré quitter leur congrégation avant d'en arriver à de telles extrémités, soit sans faire de bruit ni laisser d'adresse, soit en expliquant officiellement, souvent par une lettre, qu'ils n'avaient plus la force de "lutter", devenant alors du jour au lendemain des parias aux yeux de leurs coreligionnaires restés fidèles à leur organisation. Mais qui les blâmera de leur défection ?

Comme pour compliquer un peu plus la situation, le magazine Réveillez-Vous! du 08 décembre 1990, page 31, exposait justement le problème, généré par le célibat obligatoire, présent... au sein de la religion catholique (les Témoins ne se sentant jamais  concernés) :

" À l'occasion d'une conférence, les évêques catholiques américains ont pris connaissance d'un rapport sur la “catastrophe” que constituent les procès menés contre les prêtres pédophiles. [...] Incontestablement, le problème vient en grande partie de ce que les prêtres sont soumis à l'injonction non biblique de faire vœu de célibat. La Parole de Dieu, la Bible, établit pourtant clairement que les ministres chrétiens ont le droit de se marier. "

Les Témoins de Jéhovah homosexuels sont tout autant soumis à ce célibat "contraint" (2-02). Mais leur religion occulte cette dramatique situation, parce qu'un Témoin homosexuel n'est pas supposé exister. Malgré tout, si on devait y dégager un aspect positif de la situation, on dirait que ces chrétiens apparaissent comme célibataires par choix et donc généralement considérés par leurs compagnons comme des éléments particulièrement murs qui préfèrent rester sans famille afin de mieux se consacrer aux choses du Seigneur, suivant en cela les recommandations de l'apôtre Paul (1 Corinthiens 7:28) : " ceux [qui se marient] auront des tribulations dans leur chair ". Bien entendu, il n'en est rien, mais cela permet d'éviter un sujet épineux.

Pour illustrer ce profond malaise, je reproduis ci-dessous quelques extraits d'un message, émotionnellement très chargé, déposé le 22 juillet 2002 à 15h18 sur le livre d'or de l'ancien site Internet TJ-Support, par un Témoin qui avait souhaité rester anonyme (et on le comprend), mais qui j'espère se reconnaitra et reprendra contact s'il vient à passer par là (l'intégalité de ce message peut être consulté en rubrique témoignages). Il avait écrit au Béthel (siège social national) des Témoins de Jéhovah de France pour avoir une réponse - jamais reçue - à toutes ces interrogations qui le taraudaient en rapport avec sa condition d'homosexuel dans la congrégation chrétienne (j'ai fait ressortir certaines idées importantes en les soulignant, les quelques coquilles orthographiques ont été corrigées) :

"A toi, pauvre alter ego Tant de choses à exprimer, mais trop tard, et par écrit car la parole expose trop quand elle ne fait pas défaut, que je ne sais où commencer... [...]Ce n'est pas un court message que je dépose là. J'ai beaucoup hésité à manifester mon témoignage. Je ne sais pas si c'est le bon endroit, le bon moment, la bonne façon de le faire. Mais à bien y réfléchir il n'en existe pas d'autre... [...] Merci donc d'offrir de la sorte un cadre d'échange et d'ouverture, à nous qui nous trouvons "par la force des choses" si isolés et coupés du monde, de la "real life" comme on dit.

Je ne veux pas apporter ici un simple témoignage sur la façon dont une souffrance commune se transforme en souffrance particulière, personnelle, comment elle me touche et comment je la vis. Plutôt que de donner des précisions personnelles et m'attarder sur mon "cas" (peut-être en aurais-je le courage et l'envie plus tard) je préfère contribuer à cet effort au moyen de deux textes. Libre au lecteur de les censurer ou d'en faire l'usage qui lui paraîtra bon [...].

[...]Le premier texte est la transcription d'une lettre manuscrite adressée anonymement aux rédacteurs de RV [Réveillez-Vous!] et TG[La Tour de Garde] en 1994, il y a donc huit longues années. Evidemment demeurée sans réponse, j'ai pourtant eu le sentiment qu'elle avait été lue et prise en compte, bien que n'ayant rien modifié, ou si peu (mais elle n'en avait pas vraiment la prétention, c'était plutôt comme un appel au secours dans une bouteille jetée à la mer,... il valait mieux jeter la bouteille à la mer plutôt que son auteur...) la façon dont ces publications ont continué de traiter cette délicate question. Chaque article abordant la question, avant comme après, a infligé un coup sur la blessure, même si les coups ont été de moins en moins violents, mais aucun message vraiment réconfortant n'a encore été produit par "l'esclave fidèle et avisé". Cela nous laisse perplexe et demande une explication. Aveuglement des "perspicaces" ? J'imagine bien pourtant que cette lettre ne constitue pas le seul témoignage reçu en haut lieu, directement ou pas, de la part de tant de frères et soeurs innocents et coupables tout à la fois. Il n'est pas possible qu'une réalité aussi remarquable passe inaperçue en haut lieu. Volonté de taire la question ? Peut-être. Mais peut-être aussi volonté de protéger tous ces Innocents coupables silencieux. Innocents, oui, et j'ajoute ici ma voix à celles, trop peu nombreuses encore, qui portent ce témoignage, d'une tare héritée, reçue en dépôt, subie malgré soi. Innocent, mais coupable pourtant, car foncièrement, profondément culpabilisés. Coupables non, culpabilisés oui, mais où est donc la différence quant aux ravages sur l'équilibre moral et mental de la victime ? Et puis victime de qui, de quoi au juste ? N'est-ce pas d'abord et avant tout victime d'une autocensure profondément intériorisée ? Le rejet vient de soi, cela paraît si clair, avant de venir des autres et c'est ce qui fait de ce handicap une épreuve si particulière. Je comprends si bien tous ceux qui me rejetteraient s'ils savaient ce que je suis ! On n'ose pas même dire : s'ils savaient qui je suis, mais plutôt : ce que je suis. Un tel regard sur soi, dénué de la moindre complaisance et encore moins de compassion, est-il seulement possible, est-il seulement humainement supportable ? [...] Vaut-il mieux donc que notre entourage en général, au sens large, SACHE que cela est possible, que cela existe, voire que cela est fréquent (40 noms sur le site anglais [JW-Support]sur les deux derniers mois...) et finisse peut-être par soupçonner d' "en être" tous les pauvres célibataires avancés, incluant ceux qui redoutent tant ce regard qui tue ? Moi je réponds non. D'autres diront peut-être oui, tant est fort le désir, le besoin de franchise, de transparence, de liberté, d'éclatement de la bulle, mais moi, aujourd'hui, je réponds non. La sagesse, tout bien considéré, me semble encore préconiser le silence plutôt que la vérité. C'est probablement très dur d'accepter cela. Allons-nous devoir vivre et peut-être mourir assourdi par notre silence, empoisonné de l'intérieur par tous ces mots qui refusent de sortir ? Ou que l'on retient captifs faute d'une oreille pour supporter de les entendre ?

Plus important encore, cela pose un vrai problème déontologique : peut-on cacher une vérité et continuer à soutenir une idée que l'on sait fausse, cette idée que l'on contribue à propager et selon laquelle tous peuvent changer, qu'il s'agit d'un choix, d'une perversion, qu'éventuellement quelqu'un pourrait "occasionnellement", et occasionnellement seulement, ressentir de telles attirances, etc... alors même que les preuves s'accumulent, et entreront peut-être bientôt dans la sphère publique, que c'est le contraire qui est la VERITE ? [...]

 

Si vous n'êtes pas Témoin de Jéhovah, il n'est pas impossible que vous soyez totalement atterré par tout ce que vous venez de lire, l'assimilant à de la pure aberration et du fanatisme religieux de haute volée. Le Témoin de Jéhovah homosexuel (et hétérosexuel) est quant à lui persuadé,  parce qu'on le lui enseigne ainsi - Bible à l'appui -, qu'il ne peut pas bénéficier de l'approbation de Dieu s'il n'élimine pas toute trace de présence d'homosexualité dans sa vie, comme on nettoie des tâches sur un vêtement. Ses 'frères' et 'soeurs' spirituels se chargeront de toute façon un jour ou l'autre de lui rappeler dans le cadre de conversations anodines que cette 'appétence perverse et satanique" n'a pas sa place au sein du peuple de Dieu.

Mais avant de s'intéresser au petit quotidien du Témoin homosexuel, jetons un oeil sur les enseignements de sa religion à propos de son orientation sexuelle.

 

3 - " Les homosexuels n'hériteront pas du Royaume de Dieu "(3-01)

Cette phrase est tirée de la Bible, on la retrouve dans le contexte de la première lettre de l'apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe, chapitre 6, versets 9 à 11. Toutes les traductions n'emploient pas le terme 'homosexuel' mais l'associent dans leurs commentaires à d'autres expressions liées à la perversion. Ce que peu de gens savent, c'est que ce mot "homosexuel" n'existait pas au premier siècle, quand Paul a rédigé sa lettre. Il a été créé au 19ème siècle par un écrivain hongrois (voir la page sémantique). Par conséquent, d'un point de vue strictement théologique, on utilise la Bible pour condamner les homosexuels, alors que ces derniers n'y sont absolument pas mentionnés (voir le dossier sexe et religion) ! Et pourtant, la quasi-majorité des religions d'obédience chrétienne font un amalgame permanent et terriblement dangereux entre homosexualité, homosexuel, pédérastie, pédophilie et perversion, sans distinction aucune entre la condition de l'individu (son orientation sexuelle) et l'acte répréhensible (fornication, adultère, prostitution, ou viol). On préfère plutôt régler définitivement le "problème" en invoquant la destruction par la main de Dieu de l'homosexuel. Cette position sans appel, seuls les biblistes hétérosexuels la mettent en avant. Les homosexuels ont un niveau de raisonnement autrement plus élevé et approfondi sur le sujet puisque concernés au premier plan.

Pour vous faire une idée du plein rejet envers la simple condition homosexuelle que le Collège Central des Témoins de Jéhovah, par le biais de son enseignement officiel publié dans le magazine " La Tour de Garde", a suscité dans l'esprit de ses lecteurs, un petit retour dans le passé - pourtant pas si lointain que ça - s'impose. Vous noterez en même temps plus de retenue dans les propos au fur et à mesure qu'on avance dans le temps, mais avec toujours un regard bien moyen-âgeux qui laisse perplexe pour un mouvement religieux supposé seul bénéficiaire de la sagesse divine :

1970

La Tour de Garde du 1er juin 1970, page 341, paragraphe 27 :

" Aux Pays-Bas, deux homosexuels de sexe masculin ont été “mariés” par un prêtre catholique. Ce qui est abominable, c'est que les hommes qui font et disent ces choses prétendent être des ministres chrétiens ! "

1971

La Tour de Garde du 15 février 1971, page 106, sous l'article " Évitons le piège de l'homosexualité" :

" Dans son ouvrage L'homosexualité, ses causes et son remède (angl., 1965), le Dr Albert Ellis examine quelques-unes des causes possibles. À son avis, cette pratique est imputable dans une large mesure à certaines craintes. Il parle de guérir un nombre considérable d'homosexuels en les aidant à dissiper ces craintes cachées. "

" Beaucoup d'homosexuels affirment qu'ils ne peuvent pas changer. Toutefois, nombreux sont les membres du corps médical qui attestent qu'ils le pourraient s'ils le voulaient vraiment. L'ouvrage Homosexuality, de la Commission de recherches de la Société des psychothérapeutes, déclare que "tout homosexuel est un hétérosexuel qui s'ignore" "

" Le nombre des homosexuels augmente, bien que cette pratique mène à un mode de vie mauvais, contre nature et s'accompagnant de frustrations. Ceux qui sont esclaves de cette habitude impure peuvent s'en débarrasser s'ils le veulent sincèrement. "

Page 106, sous l'intertitre "L'accroissement de l'homosexualité" :

" La justesse du point de vue de la Bible envers l'hétérosexualité ne fait-elle pas ressortir la faiblesse de celui qu'adoptent les homosexuels ? Dans les rapports que les partenaires ont entre eux, l'un feint souvent de jouer, ou joue effectivement, le rôle d'une personne de l'autre sexe sur les plans physique, mental et affectif. Cette pratique repose donc sur un mensonge. "

1972

La Tour de Garde du 15 janvier 1972, pages 46-47, paragraphe 19 :

" Jéhovah hait ceux qui pratiquent l'iniquité : les fornicateurs, les idolâtres, les adultères, les homosexuels, les voleurs, les hommes cupides, les ivrognes, les insulteurs, les extorqueurs et les menteurs. "

Réveillez-Vous! du 8 août 1972 page 25 :

" Malgré les déclarations très claires de la Bible, un nouveau catéchisme, publié en 1966 à la demande des évêques des Pays-Bas, déclare : “Il ne faut pas se méprendre sur le sens des saintes Écritures parlant en termes sévères des rapports homosexuels. Elles ne condamnent pas les personnes qui sont homosexuelles à cause d’une anomalie physique et non par vice.”

Cette attitude envers l’homosexualité, à la fois faible, indulgente et contraire aux Écritures, résulte directement du point de vue critique des ecclésiastiques sur la Bible. Ils ont une trop haute opinion de leurs pensées personnelles, lesquelles sont bien souvent en conflit avec Dieu. "

La Watchtower quant à elle n'a bien entendu absolument pas une trop haute opinion de ses pensées personnelles.

La Tour de Garde du 15 juillet 1972, page 446 :

" Comment faire pour rester vertueux ? Nous veillerons sur nos fréquentations, ce qui nous aidera beaucoup. Ne vous abusez pas. Les mauvaises compagnies corrompent les habitudes utiles.” (I Cor. 15:33). Cela signifie que nous devons éviter autant que possible la compagnie des fornicateurs, des adultères, des homosexuels et des sadiques. Cela signifie aussi chasser ces personnes de notre esprit en refusant de penser à elles "

1974

La Tour de Garde du 1er décembre 1974 page 708 :

" Ce ne sont pas leurs adversaires, mais les homosexuels eux-mêmes qui parlent de la “peur de vieillir seul”. Selon William Carroll, leur avenir dénué de toute espérance les conduit “au cynisme, au désespoir et même au suicide”. Oui, les homosexuels eux-mêmes reconnaissent qu'ils ‘reçoivent en leur personne le juste salaire' de leurs pratiques homosexuelles. "

Je ne vous cache pas ma colère après lecture de tels propos : considérer que la solitude et le suicide de l'homosexuel, qui ne peut se marier, ne sont que le ''juste salaire" d'une vie immorale est tellement abject et pervers que seule la décence m'interdit d'utiliser un autre mot que "torchon" pour décrire un article qui fait honte à un rédacteur malsain profite de la lâcheté de l'anonymat pour vociférer de telles horreurs.

page 710 à 713 :

" Personne, sinon lui-même, ne force un homosexuel à le rester. Les homosexuels désirent l'être "

" Voici comment un Américain explique le processus par lequel il a été gagné au point de vue des homosexuels : “L'homosexualité est le résultat d'une préparation compliquée sur une longue période de temps. (...) [Les homosexuels] se soumettent volontairement à un lavage de cerveau — ‘Je suis homosexuel et j'en suis fier. Je suis beau.' C'est la thérapie inverse. "

" un homme qui entretient régulièrement des désirs pour d'autres hommes est toujours homosexuel dans son cœur (voir Matthieu 5:27, 28). C'est en réalité ce qu'il désire. Il doit donc faire des efforts pour élever ses pensées. "

" En même temps qu'elle changera sa façon de penser, une telle personne fera preuve de bon sens et opérera certains changements d'ordre pratique dans son mode de vie. Par exemple, selon le cas, elle décidera peut-être de changer d'emploi ou de lieu de résidence. Elle pourra aussi juger préférable de ne plus se vêtir ou se coiffer de la même manière, ou encore de changer sa façon de s'exprimer ou de marcher. "

1976

Réveillez-Vous! du 22 septembre 1976, pages 4-12, dans le long double article " Le monde des homosexuels" / " Ont-ils trouvé le bonheur ?". Voici quelques morceaux choisis, très pathétiques, et dont on ne sait s'il faut en rire ou en pleurer, mais à la décharge de la Watchtower, nous n'étions qu'en 1976 et Dieu n'avait pas encore jugé bon de lui d'accorder quelconque lumière en avancée sociale à la sur le sujet (on attent toujours d'ailleurs) :

" Fondamentalement nous savons tous ce qu’est un homosexuel, mais c’est à peu près tout. La première partie du terme vient du mot grec homos qui signifie “semblable, le même”. Un homosexuel est donc une personne qui préfère avoir des relations sexuelles avec quelqu’un du même sexe. Les homosexuels masculins préfèrent d’autres hommes. Les femmes homosexuelles ou lesbiennes aiment mieux avoir des rapports sexuels avec d’autres femmes plutôt qu’avec des hommes. Mais le sujet est loin d’être épuisé par ces définitions. [...] Parfois les homosexuels ont une préférence pour des professions particulières : par exemple, ils aiment être coiffeurs, ensembliers, dessinateurs de mode et acteurs. [...] Mais les homosexuels ne sont nullement limités à ces professions. [...] Certains homosexuels préfèrent même des métiers spécialement masculins, peut-être pour qu’on ne les identifie pas facilement. "

" Pourquoi tant d’homosexuels sont-ils si discrets ?
Il y a à cela plusieurs raisons. Ils craignent de perdre leur emploi ou leur famille, ou bien ils redoutent des répercussions sociales. Aussi ne se font-ils pas connaître ouvertement. Nombre d’entre eux parviennent même à cacher leur inversion à leur conjoint. Ceux-là, appelés “bisexuels”, acceptent d’avoir des rapports avec des personnes de l’autre sexe. "

" De jeunes hommes et de jeunes femmes ont fait n’importe quoi dans leur recherche du plaisir. Il ne serait pas surprenant que bon nombre d’entre eux aient essayé l’homosexualité. Pour beaucoup de gens, cela a commencé par la masturbation, d’abord seul, puis avec quelqu’un du même sexe, peut-être dans un dortoir d’école ou dans une salle de douches de gymnase. Et, peu à peu, ils ont été pris dans l’engrenage. Finalement, ils se trouvent plongés, non pas seulement dans un certain mode de vie sexuel, mais dans toute une culture homosexuelle. Insensiblement, les amis qu’ils se font sont homosexuels. Leur façon de s’habiller en est influencée ; ils écoutent une musique différente. Bientôt, les voilà membres à part entière du monde des homosexuels.

" être homosexuel implique plus qu’une orientation sexuelle particulière [il s'agit ici du seul endroit où la Watchtower parler de l'homosexualité comme d'une orientation, mais elle réitère ses algmaes la phrase d'après ! ]. C'est tout un mode de vie. Les différents aspects en sont conditionnés de façon à faire croire aux homosexuels que c’est un bon mode de vie. "

Deuxième partie, " Ont-ils trouvé le bonheur ?" :

" Beaucoup d’homosexuels voudraient sans doute qu’on les accepte tels qu’ils sont simplement comme des êtres humains peu importe le choix de leur compagnon de lit. Mais le fait est que les gens en général n’acceptent pas complètement quelqu’un de notoirement homosexuel. Les homosexuels estiment peut-être que c’est là une attitude injuste et discriminatoire. Mais ils ne peuvent rien y changer, car la plupart des gens ne sont pas attirés par leur mode de vie. C’est un point qu'eux-mêmes et tous ceux qui sont près d’entrer dans leur monde doivent garder présent à l’esprit. L'opinion de la majorité leur créera de réels problèmes. "

" Supposons qu’un homosexuel désire entrer dans l’enseignement. Que s’est-il déjà passé en pareille circonstance ? Des parents et des directeurs d’école se sont inquiétés de l’influence qu’un tel enseignant pouvait avoir sur de jeunes garçons. Cela indigne peut-être l’homosexuel, mais s’il a choisi cette voie, il doit admettre que des parents ne voudront pas que leurs enfants s’y engagent. "

" Une autre situation peut également se présenter. Dans la plupart des sociétés on s’attend qu’un jeune homme courtise une fille, puis se fiance. Que fait alors celui qui est homosexuel en secret ? Souvent, il feint malhonnêtement de s’intéresser à une jeune fille. [...] Franchement, est-ce là ce que vous désirez dans la vie ? Vivre de la sorte, c’est vivre un mensonge, c’est se chercher une “couverture” vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Beaucoup finissent par céder et n’essaient plus de se cacher derrière une façade de respectabilité. "

" Les maladies vénériennes [...] sont en augmentation parmi les homosexuels et elles les affectent d’une manière particulière. La blennorragie et la syphilis du larynx, de la bouche et de l’anus sont de plus en plus courantes chez les homosexuels, disent les médecins. Cela n’a rien de très attirant pour quelqu’un qui se respecte. "

" Quel avenir peut espérer un homosexuel ? La plupart des gens, quand ils vieillissent, souhaitent connaître un certain degré de sécurité. Les homosexuels peuvent-ils espérer une telle sécurité ? Non [...] la vie des homosexuels est vaine et sans espoir. Il existe rarement entre eux des relations durables, confiantes et sûres. Il n’est pas étonnant que de nombreux homosexuels finissent par souffrir de profonde dépression.”.

" Il est difficile pour n’importe qui aujourd’hui de trouver le bonheur et un certain degré de sécurité. Mais d’après les récits de nombreux homosexuels, pour eux, c’est encore plus incertain et décevant. Comparez leurs propres confessions avec les déclarations faites par l’apôtre Paul au sujet de l'homosexualité. Nous lisons : “C’est pourquoi Dieu les a livrés à des appétits sexuels honteux (...) et [ils reçoivent] en eux-mêmes la rétribution intégrale qui leur était due.” (Rom. 1:26, 27). D’après ce que reconnaissent les homosexuels eux-mêmes et d’après les résultats de leur conduite, on doit admettre l’exactitude de ces paroles bibliques. L’homosexualité conduit à la frustration et au désespoir, et ceux qui la pratiquent reçoivent donc leur “rétribution”. Il n’est pas étonnant que la Bible parle de l’homosexualité comme d’“appétits sexuels honteux” et qu’elle déclare que, “ceux qui pratiquent de telles choses méritent la mort”. (Rom. 1:32.) Naturellement, c’est Dieu et son Fils glorifié qui exécuteront cette sentence de mort en temps voulu. — II Thess. 1:6-10. "

" Une étude a laissé entendre que les hommes homosexuels ont tendance à avoir moins de testostérone, ou hormone mâle, dans le sang et aussi moins de sperme que les hommes hétérosexuels. Cependant, même si c’est vrai, la question soulevée par le New England Journal of Medicine est intéressante. Les homosexuels le sont-ils parce qu’ils manquent de testostérone, ou manquent-ils de testostérone parce qu’ils sont devenus homosexuels ? On ne peut pas le déterminer de façon sûre. "

" Les experts dans ce domaine sont d’accord sur un point : la cause exacte de l’homosexualité est inconnue. Il y a sans nul doute une combinaison de facteurs, mais une chose est certaine : les homosexuels ont choisi ce mode de vie. Darrel Johnson, rédacteur à la revue Gay-Vue, montre qu’il en est bien ainsi, lorsqu’il écrit : “Chaque personne a la possibilité de se conformer à l’un ou à l’autre des modes de vie sexuels. Cela étant établi, chacune, à un moment donné, se décide finalement pour l’un d’eux.”. Warren Blumenfeld, coordonnateur du Centre national des étudiants homosexuels, fait même une comparaison avec l’achat d’une automobile. Il dit : “L’un préfère une Cadillac, l’autre une voiture de sport.” On devient donc homosexuel parce qu’on le veut bien. Comme la Bible le dit, les homosexuels agissent “selon les désirs de leur cœur”. C’est pourquoi la condamnation de la Bible est justifiée quand elle déclare qu’ils reçoivent “en eux-mêmes la rétribution intégrale qui leur était due en raison de leur égarement” ; ils “n’hériteront pas le royaume de Dieu”. — Rom. 1:24-27 ; I Cor. 6:9, 10. "

" Êtes-vous membre de la communauté homosexuelle ? Honnêtement, ce mode de vie vous a-t-il apporté une véritable satisfaction ? Des milliers d’homosexuels ont dû reconnaître qu’ils n’ont pas trouvé le bonheur. Au contraire, comme le dit William Carroll, beaucoup sont devenus “cyniques, désespérés et ont même été jusqu’au suicide”. Pourquoi laisser les choses aller aussi loin ? Pourquoi ne pas changer de conduite, tels ces homosexuels du premier siècle, et jouir vraiment de la vie ? "

Et voici le bouquet final :

" Toute personne qui désire réellement conformer sa vie à la volonté de Dieu et trouver le bonheur véritable est invitée par les éditeurs de ce périodique à contacter les Témoins de Jéhovah. Ils désirent vous aider à apprendre comment ‘avoir la vie et l’avoir en abondance’. — Jean 10:10. "

1979

La Tour de Garde du 15 novembre 1979 page 30 :

C'est vrai que l'homosexualité est une ‘réalité', comme l'Église le souligne. Il en va de même de l'inceste, des enfants martyrs et de la bestialité. Une religion devrait-elle dévier de son chemin pour se montrer large d'esprit et avertie en invitant au sacerdoce des gens qui souffrent d'obsessions étranges, de passions ou d'aberrations?

En 1979, le magazine La Tour de Garde fêtait ses 100 ans d'existence. On ne peut qu'être perplexe devant tant d'animosité permanente dont on peine à comprendre si elle est à l'encontre de l'église catholique ou des homosexuels. Peut-être faudra-t-il attendre 100 autres années...

1983

La Tour de Garde du 1er septembre 1983 page 25 :

" La Loi que Dieu promulgua pour la nation d'Israël exigeait que les homosexuels soient "mis à mort sans faute". (Lévitique 20:13). Quant aux lois qu'il a données aux chrétiens, elles révèlent qu'il n'a pas changé d'avis. En effet, la Bible déclare sans ambages que les "pédérastes de tout genre" sont au nombre de ceux qui "n'hériteront pas du royaume de Dieu", - I Corinthiens 6:9, 10, Traduction OEcuménique de la Bible. "

Ici les homosexuels sont mis au même rang que les pédérastes, les violeurs d'enfants. Peine capitale requise, comme en Iran. Quel effet cela fait-il dans le coeur d'un Témoin homosexuel de le lire venant de sa propre réligion ?

1984

Réveillez-Vous! du 22 février 1984, page 4, sous l 'article " La vague d’homosexualité " :

" En 1970, Charles Socarides, docteur en médecine de la faculté A. Einstein de New York, attira l'attention sur l’homosexualité, épidémie qui se développait plus vite que les quatre maladies les plus répandues. "

Ce Charles W. Socarides, savez-vous qui il est ? Baptiste Coulmont, maître de conférence à l'Université Paris 8ème, a tenu bon de rappeler dans ses travaux concernant les religions et les sexualités, que Socarides  a été à plusieurs reprises publiquement désavoué par l'association des Psychologues Américains (APA) pour avoir manqué à l’éthique professionnelle (voir APA Council of Representatives on August 14, 1997, Resolution on Appropriate Affirmative Responses to Sexual Orientation Distress and Change Efforts et Council of Representatives Approved Minutes: August 5 & 9, 2009). De quel manquement est-il question ? Socaride affirmait (en 1968, édition originale de son livre traduit en 1970 et cité par Réveillez-Vous!) qu'un homosexuel l'est parce qu'atteint d'une tare qui peut être "réparée" afin de le "transformer" en hétérosexuel. De 1992 jusqu'à son décès, il fut d'ailleurs membre de la NARTH (National Association for Research and Therapy of Homosexuality), association pour la recherche d'une thérapie contre l'homosexualité. À la décharge de Réveillez-Vous! cependant, ces désaveux sont postérieurs à 1984, année de parution de l'article. On peut simplement noter que Socarides a également cité en 1962 les travaux du Dr Irving Bieber, publiés dans le livre  " Homosexualité : Une étude psychanalytique des homosexuels masculins " (voir Réveillez-Vous! du 8 avril 1976 page 16), travaux dont les résultats sont aujourd'hui obsolètes puisqu'ils partaient du principe lui aussi que l'homosexualité était une maladie. Dernier point : Charles W. Socarides était aussi homosexuel, et ne considérait pas les homosexuels comme immoraux, mais simplement atteint d'une maladie qu'il fallait soigner.

1989

Livre " Comment raisonner à partir des Écritures" page 373 :

" Les vrais chrétiens savent que quiconque désire sincèrement plaire à Jéhovah peut vaincre les mauvais désirs profondément enracinés en lui, y compris ceux qui seraient éventuellement dus à des facteurs génétiques, à des causes physiques ou à son environnement. [...]. De même, quelqu'un peut se sentir fortement attiré par les personnes de son sexe, mais en suivant les conseils de la Parole de Dieu, il sera en mesure de rester pur en ne se livrant pas à des pratiques homosexuelles. (Voir Éphésiens 4:17-24) "

Réveillez-Vous! du 8 août 1989 page 13, article " Un homosexuel peut-il être ministre de Dieu ? " :

" Dès lors, un homosexuel peut-il être ministre de Jéhovah Dieu? En aucun cas. Les individus qui ne satisfont pas aux conditions dictées par l’“enseignement salutaire” que renferme la Bible ne sont pas de véritables ministres de Dieu. ".

2010

Année de la sagesse ? Voyons ça ensemble (les parties soulignées sont de mon fait pour mettre en évidence certaines idées clés) :

La Tour de Garde du 1er juin 2010 page 3 :

Le mot “ péché ” est rarement utilisé dans un contexte sérieux. Pour beaucoup, il est devenu un sujet de plaisanterie. On ne dit plus “ vivre dans le péché ”, mais “ vivre ensemble ” ; on n’est plus “ adultère ”, mais on “ a une liaison ” ; on ne parle plus d’“ homosexualité ”, mais d’“ un autre choix de vie ”.

On a l'impression de relire La Tour de Garde du 1er décembre 1974 (page 708) : " Personne, sinon lui-même, ne force un homosexuel à le rester. Les homosexuels désirent l'être ". En 2010, continuer de faire croire de façon obstinée à la limite de l'autisme à des millions de fidèles que leurs compagnons homosexuels (alors obligés de se taire) ont choisi délibérément leur orientation sexuelle, est une atteinte à toute dignité et couvre de déshonneur cette religion qui se place au-dessus de toute conscience. Comment un Témoin de Jéhovah homosexuel peut-il avoir la force d'obéir inconditionnellement à une organisation aussi homophobe tout en étant convaincu que c'est Dieu qui la dirige ? J'ai une autre idée de Dieu, mais c'est peut-être parce que la Bible m'en parle autrement.

Un article complet, intitulé " Les jeunes s'interrogent - Comment expliquer le point de vue biblique sur l’homosexualité ? " est paru dans le Réveillez-Vous! du 12 octobre 2010, pages 22-23. Il fournit un "mode d'emploi" pour aider les jeunes à soulever les objections de leurs camarades de classe, sous la forme de questions/réponses (que les jeunes Témoins ne manqueront pas d'apprendre par coeur, hélas). En voici quelques extraits :

" Si on vous dit : “ Que penses-tu de l’homosexualité ? ”
Vous pourriez répondre : “ Je n’ai rien contre les homosexuels, mais je n’approuve pas leur choix de vie. ”

Jésus n’a pas encouragé ses disciples à accepter n’importe quel mode de vie. Il a plutôt enseigné que la voie du salut est accessible à “ tout homme qui exerce la foi en lui ”. (Jean 3:16.) Exercer la foi en Jésus, c’est entre autres vivre en conformité avec les valeurs morales transmises par Dieu, valeurs qui interdisent plusieurs conduites, dont l'homosexualité. — Romains 1:26, 27. "

On a l'impression de relire La Tour de Garde du 01/12/1974 : " Personne, sinon lui-même, ne force un homosexuel à le rester. Les homosexuels désirent l'être ". Il est triste de constater que les appels "au secours" des Témoins homosexuels, ces "coupables" qui clament leur innocence dans leur orientation, sont totalement ignorés, voire méprisés. Quelle part a le christianisme avec ces propos ? Qui plus est, exercer la foi en Christ n'a bien entendu AUCUN lien, AUCUN rapport d'aucune sorte avec une quelconque orientation sexuelle, mais les Témoins considérant cette dernière comme un choix de vie, cela explique leur "raisonnement".

Célibat obligatoire

Le Réveillez-Vous! du 12 octobre 2010, déjà cité plus haut, ajoute en page 24 :

" Le fait est que, face à la tentation, des millions d’hétérosexuels souhaitant se conformer aux normes bibliques exercent la maîtrise de soi. Parmi eux figurent des célibataires dont l’espoir de se marier est mince, et d’autres dont le conjoint, infirme, ne peut avoir de rapports sexuels. Ils ne satisfont pas leurs pulsions, mais sont heureux. S’il souhaite vraiment plaire à Dieu, celui qui est enclin à l’homosexualité peut faire de même "

L'organisation des Témoins ne laisse donc aucune autre alternative que le célibat aux homosexuels, ceux qui sont " enclins à l'homosexualité " puisqu'elle soutient mordicus qu'il s'agit d'un choix ou de simples sentiments déviants passagers, et donc des hétérosexuels qui s'ignorent et qui devraient plutôt faire de vigoureux efforts pour rentrer dans le droit chemin. Ce célibat forcé qu'elle considère comme la seule solution, elle a pourtant mis en évidence, comme cela a été vu plus haut, sa dangerosité morale lorsqu'elle a parlé de celui imposé par l'Église catholique à ses conducteurs religieux, en rappelant au passage qu'il s'agit effectivement d'une doctrine non biblique(3-02)), sans oublier de distiller l'idée que la majorité des scandales sont le fait d'homosexuels :

La Tour de Garde du 1er juillet 1996, pages 6-7, sous l'article " Le point de vue de Dieu sur les religions de la chrétienté " :

Si bon nombre de prêtres vivent certainement en toute chasteté, on ne peut en dire autant de nombreux autres. À en croire le complément de l’Encyclopædia Britannica pour 1992, “ les affaires de mauvaise conduite sexuelle de membres du clergé auraient coûté à l’Église catholique 300 millions de dollars ”. Dans le volume 1994, on lit : “ La mort d’un certain nombre de religieux atteints du sida a mis en lumière l’existence d’un clergé homosexuel ainsi que l’accession à la prêtrise d’un nombre anormalement élevé d’homosexuels. ” Nul ne s’étonnera que la Bible affirme que ‘ l’interdiction de se marier est un enseignement de démons ’. (1 Timothée 4:1-3.) Dans Les vicaires du Christ ou la face cachée de la papauté (angl.), Peter de Rosa écrit : “ Pour certains historiens, [le célibat des prêtres] aurait davantage porté atteinte à la morale de l’Occident que tout autre phénomène social, y compris la prostitution. (...) Le plus souvent, il aura entaché le nom du Christ. (...) Le célibat obligatoire a invariablement engendré l’hypocrisie dans les rangs du clergé. (...) Un prêtre céderait-il au péché mille fois, le droit canon lui interdirait encore le mariage. ”

Piqure de rappel en 2010 dans La Tour de Garde du 15 mars, page 30 :

“  PERSONNE ne niera que la chasteté est un vrai problème au sein de l’Église aujourd’hui ”, a admis le journaliste catholique Vittorio Messori, à la suite des scandales qui ont secoué récemment l’Église en Italie. “ Et abolir le célibat des prêtres ne résoudra pas le problème : 80 % de ces scandales concernent des homosexuels. Ce sont des cas de déviance sexuelle chez des prêtres qui s’en prennent à des hommes et à des garçons. ” — La Stampa.

Sous couvert de quelle logique la chasteté serait-elle un problème sérieux au sein de l'Église et non chez les Témoins de Jéhovah ? Combien de chastetés "différentes" existe-t-il qu'il faille en stigmatiser une plus qu'une autre ?

Comme on est loin, très loin de ce que devrait être le célibat tel que la Bible l'expose :

" Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi, mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un le mariage, l’autre le célibat " - I Corinthiens 7:7 (Bible du Semeur)

" En effet, il y a ceux qui ne peuvent pas se marier parce que, de naissance, ils en sont incapables; d'autres le sont devenus par une intervention humaine. D’autres, enfin, renoncent à se marier à cause du royaume des cieux. Que celui qui est capable d’accepter cet enseignement, l’accepte! " - Matthieu 19:12 (Bible du Semeur)

" Des célibataires dont l’espoir de se marier est mince "

L'organisation des Témoins affirme dans ce Réveillez-Vous! du 12 octobre 2010, que finalement la condition des homosexuels est la même que pour les célibataires hétérosexuels qui ne trouvent pas de conjoint. Pourquoi certains Témoins de Jéhovah sont-ils " des célibataires dont l'espoir de se marier est mince " ? Parce que leur organisation considère comme un commandement biblique le fait de se marier uniquement entre Témoins (pas "entre croyants", mais "entre Témoins"), ce qui réduit considérablement les chances de croiser son ou sa future moitié, et ce sur la base d' un seul verset biblique, de surcroit éclaté et ainsi décontextualisé :

" Une femme est liée aussi longtemps que son mari est vivant. Mais si son mari vient à s’endormir [dans la mort], elle est libre de se marier à qui elle veut, seulement dans [le] Seigneur. " (1 Corinthiens 7:39 - TMN)

Les Témoins de Jéhovah en concluent (par extrapolation résultant d'une libre interprétation) que ce conseil s'applique à tous les célibataires. Voici quelques références dans lesquelles cette suppression du contexte (sur lequel on revient un peu plus loin) apparait de façon plus marquée :

La Tour de Garde du 15 novembre 2009, page 11, paragraphe 23 :

" Si vous désirez trouver un conjoint, pourquoi ne pas étudier le chapitre 9 d’Ezra, tout en suppliant Jéhovah ? Vous renforcerez ainsi votre détermination à obéir au commandement de se marier “ seulement dans le Seigneur ” "

La Tour de Garde du 15 février 2008, page 5, paragraphe 10 :

" les chrétiens spirituellement mûrs qui décident de se marier obéissent à Dieu en se mariant “ seulement dans le Seigneur ”. "

La Tour de Garde du 15 mars 2008, page 8, paragraphe 4 (ici c'est clair et net) :

" Quelle ligne de conduite Jéhovah souhaite-t-il que ses serviteurs adoptent aujourd’hui à cet égard ? Manifestement, qu’ils ne choisissent pour conjoint qu’une personne qui soit “ dans le Seigneur ”, c'est-à-dire une personne vouée à Dieu et baptisée, Témoin de Jéhovah comme eux "

La récente Tour de Garde du 15 octobre 2010,  page 21, paragraphe 20, ajoute cette mise en garde contre toute dissidence :

Mais quand cela s’impose, un ami bienveillant se doit de rappeler à son compagnon les normes de Jéhovah (1 Cor. 7:39). Par exemple, que feriez-vous si vous constatiez qu’un de vos amis, célibataire, commençait à éprouver des sentiments pour quelqu’un qui ne partage pas sa foi ? Vous retiendriez-vous de lui exprimer votre inquiétude, par crainte de compromettre votre amitié ? Ou encore, que feriez-vous si votre ami ne tenait pas compte de vos conseils ? Un véritable ami solliciterait les anciens pour qu’ils aident son compagnon sur le point de faire un faux pas.

Comble de l'ironie, face à ce "hors-piste" biblique, le livre " École du ministère", édité et utilisé par tous les Témoins dans le cadre de leur formation religieuse, réaffirme - avec justesse - la nécessité de tenir compte de tout le contexte d'un passage biblique pour le comprendre :

" Application exacte des versets (leçon 22)", page 153, paragraphe 1 et 2 :

" QUAND on enseigne quelqu’un, on ne peut se contenter de lui lire des passages de la Bible [...]. Pour cela, notre explication des versets bibliques doit être conforme à ce qu’enseigne la Bible. Il ne faut donc pas nous contenter de choisir des expressions isolées qui nous plaisent et d’y associer nos idées personnelles, mais tenir compte du contexte. "

La Tour de garde du 15 février 2010, page 11 et 12, paragraphes 8 à 10, confirme cette sage méthodologie :

8 Qu’est-ce qui nous aidera à “ expose[r] correctement la parole de la vérité ” ? Avant de pouvoir transmettre clairement ce que dit la Bible, nous devons nous-mêmes en saisir le sens. Cela nécessite que nous nous intéressions au contexte d’un verset ou d’un passage. Selon un dictionnaire, le contexte est l'ensemble du texte qui entoure un élément de la langue (mot, phrase ; fragment d’énoncé) et dont dépend son sens, sa valeur ”.
9 Pour avoir la pleine intelligence d’un passage biblique, nous devons donc considérer le texte qui l'entoure. [...]
10 Le terme “ contexte ” a toutefois un autre sens. Toujours selon un dictionnaire, il désigne aussi l' “ ensemble des circonstances, [la] situation globale où se situe un événement ”. Pour avoir la claire intelligence d’un verset, nous devrions chercher à savoir notamment qui a écrit le livre où il se situe, quand et dans quelles circonstances. Cherchons également dans quel but ce livre a été rédigé et, si possible, quelles étaient les pratiques sociales, morales et religieuses de l’époque.

Si donc nous tenons compte de l'intégralité du contexte dans lequel ont été rédigés les propos de Paul (et par conséquent " pratiques sociales, morales et religieuses de l’époque " comprises), que découvrons-nous   ?

En I Corinthiens 7:39, l'apôtre Paul fait une recommandation, notez, aux chrétiennes veuves.  Ce conseil semble-t-il important ne figure pourtant que dans un seul passage du Nouveau Testament et n'est appliqué spécifiquement qu'aux veuves. Pourquoi ?

La ville  de Corinthe était connue pour sa dégradation morale. À tel point que le verbe "Corinthiser" a été inventé par Aristophane (poète comique grec du Vème siècle avant JC) pour dire "vivre dans la débauche". Et selon Platon , une Corinthienne, "Korinthia Koré", était une "prostituée", et un "Korinthiastès", un "coureur de jupons". La ville de Corinthe était aussi dédiée très largement à la prostitution sacrée, ainsi qu'aux cultes d'Aphrodite et de Vénus. L'opulence et la richesse de cette ville l'ont ainsi menée à la corruption. La congrégation chrétienne subissait cette influence et Paul nous apprend par exemple dans ses lettres qu'un certain chrétien vivait dans une relation incestueuse sans que personne ne réagisse (1 Cor 5:1 : "Oui, on entend parler de fornication chez vous, et d’une fornication telle qu’il n’y en a pas même chez les nations : [ainsi,] un certain [homme] a la femme de [son] père"), pendant que d'autres intentaient des procès contre leurs propres frères devant les tribunaux d'incroyants, que d'autres encore fréquentaient des prostituées, et qu'il y avait même des désordres lors de la commémoration annuelle du repas du Seigneur, sans compter que certains contestaient la résurrection des morts. Ainsi, en vivant dans une ville riche mais corrompue, les chrétiennes veuves (parfois de soldats) bénéficiaient de richesses faciles à convoiter par les "Korinthiastès", ces hommes peu scrupuleux qui pourraient disposer de biens sans trop se fatiguer. L'apôtre Paul a donc judicieusement conseillé à ces veuves de manifester la prudence en ne choisissant leur futur conjoint que parmi les membres de la congrégation. Conseil qu'il aurait été bien difficile de donner à des hommes, ni même à des jeunes célibataires, hommes ou femmes.

Pour les Témoins, fréquenter (en vue du mariage) une personne qui n'est pas " dans le Seigneur ", DONC qui n'est pas Témoin de Jéhovah (puisque les Témoins sont convaincus être les seuls vrais chrétiens) (3-03), c'est comme désobéir à Dieu. Par conséquent, si les Témoins de Jéhovah célibataires ont du mal à trouver un conjoint, c'est parce que leur organisation les confine dans une interpréation réductrice d'une fraction de verset biblique, sans utiliser la moindre parcelle de contexte pour développer l'argumentation. Bien entendu, le bon sens nous dit qu'il est préférable de choisir comme conjoint une personne qui partage les mêmes centres d'intérêts sur les choses importantes de la vie, mais cela n'est en rien une garantie de bonheur, le divorces existant aussi chez les Témoins de Jéhovah(3-04). Mais surtout, dénaturer la Bible pour imposer une concentration religieuse n'est là encore pas vértiablement honnête.

" d’autres dont le conjoint, infirme, ne peut avoir de rapports sexuels "

Rappelons ce Réveillez-Vous! du 12 octobre 2010 cité plus haut :

" Le fait est que, face à la tentation, des millions d’hétérosexuels souhaitant se conformer aux normes bibliques exercent la maîtrise de soi. Parmi eux figurent des célibataires dont l’espoir de se marier est mince, et d’autres dont le conjoint, infirme, ne peut avoir de rapports sexuels. Ils ne satisfont pas leurs pulsions, mais sont heureux. S’il souhaite vraiment plaire à Dieu, celui qui est enclin à l’homosexualité peut faire de même "

Dans la portion soulignée, un homosexuel est maladroitement illustré comme étant dans la même situation qu'un infirme, handicapé physique. Terrible rapprochement qui veut mélanger dans une même définition "interdit" et "incapacité". Mais, bien plus important, croire qu'un infirme n'a pas de vie sexuelle avec son conjoint est une affirmation gratuite particulièrement abjecte. Le Cours du Professeur Hamonet du 26/01/2004, sur le thème " Corps infirme et personne handicapée", déclare ceci :

" Il y a l’apparence et le préjugé (R. Murphy : The body silent).
Le problème s’aggrave pour les handicapés du fait qu’un préjugé très répandu fait croire qu’ils sont doués d’une sexualité malfaisante – tels les nains libidineux - ou alors préjugé plus courant, asexués (c'est également l’idée courante que l’on se fait des personnes âgées).
Ces opinions erronées que je soupçonne d’exprimer surtout les angoisses sexuelles de ceux qui les défendent, ignorent le fait qu’une forte majorité des personnes handicapées éprouvent les mêmes besoins sexuels que les gens valides et sont tout aussi capables de les exprimer. "

Les Témoins de Jéhovah pourront étendre leurs connaissances sur le sujet en s'intéressant au dossier Sexualité et handicap : de l'angélisation à la sexualisation de la personne handicapée physique, rédigé en juin 2000 par André Dupras, du Département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal. L'introduction a le mérite de déjà mettre les points sur les "i" :

" Des personnes handicapées refusent l'état angélique qui les avilit ; elles s'opposent à un monde qui les exclut dans leur identité sexuelle ; elles revendiquent le droit à une vie sexuelle épanouissante. "

Pour résumer, le message de la Watchtower aux homosexuels est celui-ci  : "On vous interdit d'avoir quelconque vie sexuelle, et si vous n'y parvenez pas par manque de maîtrise parce que vous ne priez pas assez, , faites comme si vous étiez infirmes pour vous forcer à vous en passer sinon c'est l'excommunication qui vous attend, avec à la clé la destruction éternelle"(3-05).

Malgré tout, afin d'essayer de rassurer ses lecteurs, le Réveillez-Vous! en question tente bien entendu de démontrer toute absence d'homophobie dans ses colonnes :

Un chrétien ne devrait-il pas traiter avec respect toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle ? Si.[...] C'est pourquoi, le chrétien n’est pas homophobe. Il se montre bon envers tous, homosexuels compris. — Matthieu 7:12.

Et d'ailleurs ce n'est pas faux : "le chrétien n'est pas homophobe". Sauf le Témoin de Jéhovah qui peut être chrétien ET homophobe au nom de SA moralité. Le plus désolant, c'est que la majorité du lectorat, très majoritairement composé de Témoins de Jéhovah (puisqu'il s'agit d'une lecture imposée), y croira dur comme fer sans se lancer dans la moindre vérification. Ne vous fiez toutefois pas au nombre d'exemplaires affichés en deuxième page des magazines Réveillez-Vous! et La Tour de Garde : beaucoup s'empilent inexorablement dans les placards, quand d'autres - et j'atteste l'authenticité de ce que je dis - servent à recevoir les excréments des oiseaux dans les cages, leur format A4 américain (21x27.7) étant particulièrement adapté.

Depuis 1970, l'expression "orientation sexuelle" n'a été cité QU'UNE SEULE FOIS dans les pages de La Tour de Garde (celle du 1er février 1982, page 17), organe d'enseignement officiel des Témoins de Jéhovah, et ce dans un bref "regard sur l'actualité" destiné à de montrer du doigt l'ordination d'homosexuels au sein de l'Église unifiée du Canada.

Pour les Témoins de Jéhovah, un homosexuel est une erreur de la nature. L'Esprit Saint de Dieu peut le "guérir". S'il ne guérit pas, ou pas assez vite, c'est qu'il n'a pas sa place dans la congrégation chrétienne et doit attendre le jour du jugement dernier pour recevoir son plein "salaire". Le Diable voudrait détruire la personnalité d'un individu qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

 

4 - Homosexualité au quotidien

Comment un Témoin de Jéhovah homosexuel, célibataire, gère-t-il sa foi en cohérence avec son orientation sexuelle ? Disons-le de suite : plutôt mal !

En raison du tabou (et de l'incompréhensible politique de l'autruche) entourant le simple fait d'envisager la possibilité qu'un Témoin de Jéhovah puisse toujours être homosexuel malgré ses prières, ce dernier pense être seul à devoir lutter silencieusement contre l'homophobie latente - ou parfois ouverte - de son entourage. En parler à sa famille serait un choc terrible (immédiatement considéré comme un " problème spirituel ") et en parler à ses frères chrétiens bien trop souvent du suicide psychologique et tout autant spirituel (voir le dossier sur le coming-out). Sans relations sexuelles, la masturbation ajoute encore au sentiment de culpabilité, puisque là encore il s'agit d'une pratique considérée comme un péché selon l'enseignement dispensé dans La Tour de Garde (voir la note (2) de la section sémantique).

Voici donc un petit florilège, non exhaustif, de situations, à terme traumatisantes, vécues au quotidien par notre Témoin homosexuel célibataire (que nous appellerons ici Bob), et auquel vous vous identifierez rapidement si vous êtes dans la même situation de vie. Ces situations ne sont bien entendu pas propres aux TJ, mais elles revêtent pour eux une signification très particulière en raision de la compréhension qu'ils ont sur la nature du sacrifice chrétien(4-01).

Dans le milieu professionnel

  • LORS D'UN ENTRETIEN D'EMBAUCHE
    • Mentionner "Célibataire" sur un CV, peut autant être un atout qu'un obstacle à une prise de poste. Car soit le célibataire est considéré comme libre de tout engagement et donc à disposition de la société (surtout des grandes), sans femme qui l'attend le soir ou d'enfants à aller chercher à la sortie de l'école, soit son âge civil commençant par un "3" ou un "4" suggère dans l'esprit du recruteur une marque d'instabilité affective, un manque d'initiative, ou une timidité excessive, ce qui risque d'enclencher des questions subsidiaires comme " divorcé ? ", " pas d'enfant à charge ? ", toujours pénibles à entendre malgré leur simplicité, car renvoyant l'image d'une condition ni choisie ni supposée changer.
  • SUR LIEU DE TRAVAIL
    • Pause-café avec les collègues. Ambiance détendue. Il y en a alors toujours un pour raconter la "dernière blague" sur les "pédés" : coup de poignard assuré (Proverbes 12:18 : " Il existe [tel homme] qui parle inconsidérément comme avec des coups d’épée "). Ensuite viennent les commentaires sur la gay-pride, présentée la veille aux informations télévisées : " ils sont quand même bizarres ces homos ", " ce sont des malades ". Deuxième coup d'épée. Mais notre Bob s'en tire généralement assez bien : " oui je les trouve plutôt ridicules ces mecs à moitié nus à la gay-pride, mais c'est leur affaire, ça ne m'intéresse pas ! ".
    • La collègue, indiscrète : " Et toi, ta chérie, tu nous la présentes quand ? ". Ou, plus compatissante : " On va t'en trouver une ! ".

Dans la vie profane

  • AU SUPERMARCHÉ
    • Bob croise régulièrement des beaux couples, avec ou sans enfants, qui se tiennent pas la main ou la taille, rigolent ou choisissent ensemble leur nouvelle cafetière (pour ce petit café qu'ils prendront tous les deux en amoureux chaque matin). Bob s'arrête alors en plein milieu du rayon avec son chariot, il a une boule au ventre, ça fait mal de voir des gens qui s'aiment. Ce couple vient de lui renvoyer l'image de ce qui lui manque : une famille qu'il aurait lui-même fondée. Mais la vie doit continuer... et les courses aussi.
    • Bob aime manger pour combler sa solitude, mais il préfère dire à la boulangère qu'il voudrait un croissant et "pour l'autre" un pain au chocolat, plutôt qu'avouer qu'il les mangera tous les deux. Bob achète d'ailleurs certaine articles en double, comme pour faire croire à la caissière et à ceux qui sont à côté de lui qu'il est un individu "normal" et ne vit surtout pas seul et reclus.
  • A LA PLAGE
    • Bob est invité par ses compagnons chrétiens à passer la journée à la plage. Il préfère leur dire " Non désolé j'ai des trucs à faire et la plage je n'aime pas trop " plutôt que la vérité : " Je préfère ne pas y aller, à chaque fois que je vous vois en maillot ça m'excite "(4-02)
  • LA PISCINE (comme pour la plage, en miniature)
    • Bob aime beaucoup nager, ne serait-ce que pour s'entretenir. Et voir tous ces beaux corps d'athlètes ne le laisse pas indifférent. Il redoute encore plus le moment d'aller se doucher, car certains le font nus, non par provocation, mais parce ce que dans les vestiaires hommes il n'y a que des hommes et cela ne choque personne. Finalement, Bob préfère ne plus aller à la piscine.
  • EN CAMPING
    • Bob est invité à passer quelques jours entre amis à faire du camping sauvage. Les filles dormiront dans la tente rose, les garçons dans la tente bleue. Va-t-il leur dire : " Je préfère dormir dans la tente rose, au moins je ne serai pas tenté " ?
  • REPAS ENTRE AMIS
    • Chacun vient avec son conjoint. Bob se retrouve tout seul parmi tous ces couples. C'est à celui qui va dégainer le premier : " On a prévu de t'inviter pour que tu fasses connaissance avec une soeur charmante d'une congrégation voisine, je suis sûr qu'elle te plaira ". Il y a aussi l'approche plus douce : " Tu as raison de ne pas vouloir te marier tout de suite, le mariage ne résout pas tout ". Probablement le plus navrant : " On t'apprécie dans la congrégation, toi qui qui préfère le célibat pour rester au service des autres ".
    • Une fois que le vin commence son ouvrage (4-03), les langues se délient (4-04) : " Le monde est en pleine déchéance avec tous ces homosexuels, y'en a de plus en plus, ça prouve bien qu'on vit les derniers jours ", " C'est même pire qu'à Sodome et Gomorrhe, heureusement qu'on a la Vérité...  ", " Mes voisins de palier sont homosexuels, j'essaie de ne pas les croiser dans l'escalier, ils me font peur, ils sont bizarres ", " oui il vaut mieux se méfier, d'ailleurs la Bible nous met en garde contre ces personnes immorales ". Bob, silencieux dans sa souffrance (" s'ils savaient... ") prend sur lui le temps que la tempête passe, confiant que les sujets de discussion s'enchaînent sans se ressembler. Dans sa tête il s'imagine en train de se lever pour annoncer à tout le monde qu'il est homosexuel, histoire de bien recadrer les propos de chacun. Il se retient, conscient des conséquences dramatiques effroyables qu'un tel coming-out impromptu aurait sur sa vie, déjà passablement compliquée.
  • LE SOIR CHEZ LUI
    • A la maison, après sa journée de travail, un sentiment de solitude s'abat violemment sur Bob. Il a besoin d'aimer, il a besoin d'être aimé et réconforté quand tout ne va pas pour le mieux. Finalement il va se coucher, se demandant chaque jour pourquoi il a l'impression de recommencer en permanence son combat contre ses pulsions homosexuelles alors que sa religion affirme qu'ils peuvent disparaître avec beaucoup de prières. Peut-être n'est-il pas un chrétien assez spirituel... ou alors Dieu essaie de lui faire comprendre que ses prières sont entravées par manque de foi, ou pire : qu'il n'a plus l'approbation divine devant le peu d'efforts fournis. Bob pleure, prend son oreiller, s'endort. Il prend malgré tout le temps de dire "merci" à Dieu pour sa journée de vie. Rêvant que son sommeil n'ait pas de fin.
    • Un autre aspect moins agréable de l'homosexualité, est que Bob, pour compenser sa solitude, va se mettre en place tout un tas de 'béquilles' psychologiques. Pour Bob, c'est le sport, dans lequel il s'investit totalement. Pour d'autres, en revanche, ça sera pizza-coca devant une vidéo. Tel autre encore va vivre au-dessus de ses moyens en investissant dans du matériel technologique. Certains Témoins homosexuels (et pas tous Témoins d'ailleurs) ont ainsi perdu leur équilibre dans l'impossibilité de pouvoir répondre au désir légitime d'avoir une compagnie (4-05).

Dans les activités religieuses

  • DANS SES RELATIONS AVEC LES AUTRES
    • Il est conseillé aux jeunes Témoins de Jéhovah masculins d’être prudents dans leurs relations avec leurs "soeurs" dans la foi, également célibataires. C’est pour cette raison qu’il n’est pas recommandé de visiter seul et plus que de coutume ou par nécessité des jeunes soeurs, ou encore de les ramener régulièrement chez elle avec personne d’autre dans la voiture ! D'une manière plus générale, à moins d'envisager des fréquentations sérieuses, un Témoin hétérosexuel n'est pas encouragé à fréquenter plus que nécessaire ses soeurs spirituelles dans des contextes trop privés. Pour la simple raison qu'à trop fréquenter les membres du sexe opposé, la nature humaine étant ce qu'elle est, les désirs puis les pulsions naissent vite, les situations délicates avec.
      Pour Bob, tous les conseils exposés ci-dessus ne sont valables que pour les hétérosexuels, mais pas pour les homosexuels, dont l'orientation est opposée. Pour bien comprendre le problème, c'est comme si on demandait à un Témoin hétérosexuel de ne pas trop fréquenter ses frères chrétiens mais plutôt de passer du temps avec ses soeurs! Mais alors que l'hétérosexuel peut se marier s'il ne peut plus contenir ses désirs, l'homosexuel ne peut rien faire et se retrouve ainsi régulièrement en position de fornication, parce qu'on l'y a amené ! Il est toujours très facile de conseiller aux frères de contenir des sentiments et des émotions que Dieu lui-même a implanté fortement en l'homme, alors que Jésus lui-même savait que rester célibataire n'est pas du à une force de volonté ou à une bonne spiritualité, mais est simplement un " don " (Voir Matthieu 19:10-12). Et paradoxalement les conseils les moins judicieux émanent souvent... d'hommes mariés !
    • Leanne Payne, auteure psychologue chrétienne, relève les propos de Lorraine McNamara : " Les gens aux tendances homosexuelles sont en général des personnes aux qualités artistiques impressionnantes et ont besoin d'un milieu aimant et tolérant pour s'épanouir ".
       

    Dans l'étude " Les Témoins de Jéhovah sur Internet", disponible intégralement sur les Archives de Sciences Sociales des Religions [42 clics] Céline Couchouron-Gurung expose la dure condition du Témoin de Jéhovah homosexuel en parlant de " la souffrance d’individus dont les orientations sexuelles contredisent les valeurs : pour l’organisation jéhoviste, l’homosexualité est « comparable à la pédophilie », à la bestialité et résulte d’une « possession démoniaque » [...] En fait, un témoin de Jéhovah peut se déclarer homosexuel et rester un actif membre de la congrégation, à condition d’observer un strict célibat [...] Un témoin de Jéhovah a donc le choix entre une vie d’hétérosexuel ou de célibat. Cette condamnation de l’homosexualité aurait [...] de graves conséquences sur la vie des fidèles homosexuels. Même ceux qui réussissent à dépasser le problème de l’acceptation de soi, et évoquent auprès de la congrégation leur orientation sexuelle, souffriraient de l’amalgame entre orientations et pratiques sexuelles. D’après les témoignages, beaucoup d’entre eux auraient, en effet, été écartés des rencontres et des réunions après l’aveu de leur homosexualité."

 

    Nicolas Jaquette, un jeune homosexuel français, a choisi de quitter l'organisation des Témoins de Jéhovah, n'ayant plus la force de lutter contre son orientation sexuelle au sein de sa religion. Dans son livre " Nicolas, 25 ans, rescapé des Témoins de Jéhovah", publié en 2007 (Editions Balland), il expose avec une émouvante franchise ses sentiments les plus intimes alors qu'il était encore Témoin . Voici un extrait d'une interview accordée le 28 janvier 2008 au magazine Tetu [309 clics] ( Note : le fait de citer Monsieur Jaquette n'est en aucun cas une incitation à quelconque prise de décision vis-à-vis de l'appartenance ou non au mouvement des Témoins de Jéhovah. Son cas est cité uniquement pour exposer la douloureuse problématique vécue par la majorité des homosexuels au sein de cette religion, et sans aucun doute les Témoins homosexuels qui liront ses propos se reconnaîtront, au moins en partie.):

    Quel est le premier sentiment que vous avez eu lorsque vous avez compris que vous étiez gay?
    J'ai eu la trouille. J'ai eu vraiment très peur parce que j'ai compris que ça allait me poser de gros problèmes par rapport au milieu dans lequel je vivais, avec les témoins de Jéhovah. Et de plus je me suis aperçu que je n'allais pas pouvoir trouver d'assistance ou d'accueil dans le monde extérieur parce qu'au collège, j'ai très vite compris qu'être "pédé" c'était une insulte. Donc je me suis dit: "C'est le début des ennuis."

    À cause de cette pression, on a le sentiment dans votre livre que vous étiez quasiment schizophrène...
    Ce n'est pas "quasiment": c'était un dédoublement de personnalité total. Je vivais sur deux tableaux en permanence. Au départ, on se sent vraiment perdu. L'être humain, heureusement, ne manque pas de ressources lorsqu'il s'agit de gérer les situations difficiles. Et, en fait, au bout d'un moment, une dissociation très claire entre mes deux personnalités s'est faite et de même qu'un processus d'oubli de l'"acte" fait dans les quelques heures qui suivaient. En oubliant les choses au fur et à mesure comme ça, en les reléguant à l'état de rêve, elles n'avaient pas de véritable valeur, elles n'étaient plus palpables et donc je ne pouvais plus culpabiliser pour ces choses-là, puisque pour moi elles n'avaient pas existé. Ce système d'autodéfense m'évitait de craquer, mais j'ai eu beaucoup de mal après à reprendre possession de mes souvenirs comme ayant été des choses réelles.

    Mais vous avez eu des réactions physiques et morales violentes, comme les nausées et des idées suicidaires…
    Physiquement, je détestais mon corps. A l'époque, je n'avais pas le recul pour me dire que les témoins de Jéhovah étaient le problème dans ma vie. Je me disais que c'était mes penchants homosexuels, dont on me persuadait qu'ils étaient nés d'une influence diabolique à laquelle j'avais été exposé. Le problème aussi était ce sexe qui me donnait des envies, des désirs. Je me dégoûtais profondément alors je me donnais des coups, je m'auto-flagellais, j'avais envie de vomir et souvent même je vomissais. On m'avait appris à me dégoûter en m'apprenant pendant une dizaine d'années que l'homosexualité c'était mal, que c'était détesté par Dieu, que j'étais promis à une destruction future et qu'en étant comme ça je risquais de priver mes parents de la vie éternelle aussi… Ça faisait beaucoup à supporter pour un adolescent qui subissait déjà l'enfer à l'école, à la maison et en plus se faisait subir l'enfer à lui-même. On comprend mieux l'état suicidaire dans ces circonstances-là parce qu'à un moment l'esprit n'en peut plus. D'où la schizophrénie, qui est la seule façon de s'en sortir sans aller jusqu'au drame.

    Pensez-vous que l'on puisse être croyant et homosexuel?
    [...] Certains sont dans ces mouvements par tradition familiale, habitude, confort… Mais je pense que derrière tout ça, malheureusement, soit ils ne vivent pas bien leur sexualité, soit ils ne vivent pas bien leur religion. Il y a forcément un problème quelque part du fait qu'il y a une ambiguïté, ou en tout cas un antagonisme, entre ce qu'ils vivent et ce qu'on leur impose de vivre. [...]. A priori, la religion devrait être pour se sentir mieux, pas pour se sentir mal.

  • A LA SALLE DE REUNION
    • Un jeune frère vient souvent s'assoir à côté de Bob. Et quand on est assis de quelqu’un, c’est bien rare si un moment ou un autre on ne se touche pas, avec la jambe ou le bras. Et Bob est très sensible au toucher (comme la majorité des garçons, plus physiques qu'émotionnels), et le moindre contact charnel avec un autre garçon réveille ses pulsions. Va-t-il lui dire : " Peux-tu te décaler d'une place s'il te plaît afin qu'on ne se touche pas ? ".
    • Le ressenti d'un homosexuel est généralement plus affiné que celui d'un hétérosexuel, en raison de cette cohabitation, cette fusion entre les sensibilités masculine et féminine (comme Dieu ?). Être un homme et pouvoir comprendre les femmes, le rêve de toute épouse ! Il n'est ainsi pas rare qu'une certaine possessivité ou jalousie s'installe dans l'esprit de Bob. Par exemple, il sera quelque peu déçu et blessé qu'un frère qu'il aime particulièrement ne s'assoit pas à côté de lui lors d'une réunion, ou alors s'il apprend que le frère en question a passé une soirée avec d'autres frères mais que lui n'a pas été invité, il va se demander, consciemment ou non s'il "ne l'aime plus". Cette petite jalousie qui peut parfois se traduire pas des gestes de fierté mal placée (comme ne plus dire bonjour...). Une sorte de crêpage de chignon masculin silencieux. Dans le milieu gay proprement dit, la jalousie et la possessivité entre hommes est d'ailleurs fortement prononcée en raison de la multiplication des partenaires sexuels, ce qui ne plait pas à tous les "amants" ! Dans le pire des cas, comme pour des unions hétérosexuelles à "2+1", cela peut conduire à des meurtres passionnels (4-06).
  • APRES LA REUNION
    • Régulièrement Bob doit ramener un jeune frère chez lui, un beau jeune homme dont la gentillesse ne le laisse pas indifférent et qui invite souvent son chauffeur à rester manger afin de le remercier. Le frère homosexuel va-t-il lui dire: " Je préfère ne plus te ramener chez toi, et encore moins manger tout seul avec toi, car j'ai des sentiments qui commencent à naître pour toi " ?
    • Comme déjà évoqué plus haut, il arrive à Bob de mentir, pour se protéger, face à l'éternelle question toujours aussi maladroite qu'indiscrète : " Alors tu te maries quand ? ". Ses parades : " Je préfère attendre le nouveau système de choses de Dieu ", " les soeurs sont trop rebelles de nos jours ", " je préfère m'investir dans la congrégation " , " c'est juste que je n'ai pas encore trouvé la femme de ma vie, je deviens exigeant ".
  • DURANT UN GRAND RASSEMBLEMENT (ASSEMBLÉE)
    • Bob a eu le privilège de baptiser d'eau certains de ses compagnons chrétiens, avec l'aide d'un deuxième compagnon. Un moment fort dans la vie du chrétien lors des grandes assemblées annuelles. Mais il n'aura eu l'occasion de ne le faire qu'une fois : on lui apprend qu'on lui retire ce privilège, parce qu'il est célibataire, sans plus d'explications ! La raison plus complète est qu'un célibataire qui voit des soeurs en maillot de bain, ça peut lui monter à la tête, et par charité puritaine on préfère le soustraire de cette épreuve.

 

On pourrait presque allonger à l'infini la liste de toutes ces situations contrariantes (euphémisme), passant sans transition de la simple anecdote burlesque à la cruelle discrimination, même de la part de compagnons chrétiens que Bob aimerait pourtant considérer comme des amis, dans le sens biblique du terme(4-07). Bob, qui sous l'oppression extrême, ne trouve aucune réponse cohérente à ses interrogations, en vient à se demander si finalement la religion n'est pas qu'une prison inventée par l'homme pour enchaîner les quêtes spirituelles légitimes et priver toute créature intelligente du beau cadeau que le Christ à offert : " Vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres " (Jean 8:32 - La Bible du Semeur). Et si Bob s'attachait uniquement à sa lecture de la Bible plutôt qu'écouter ceux qui s'en sont appropriés un droit d'interprétation ?

 

5 - Conclusion

Il est difficile, voire délicat, d'apporter une conclusion à ce dossier. Le Témoin de Jéhovah qui souhaite rester fidèle à son organisation religieuse et à ses enseignements tels qu'exposés dans son abondante littérature, est condamné à souffrir, ni plus ni moins, pétri journellement de culpabilité par un combat sans fin, combat dont la justification reste bibliquement à démontrer, car l'homosexualité n'est pas une maladie, et ne peut donc se guérir comme telle, quelque soit l'intensité des prières.  Les Témoins homosexuels peuvent également le confirmer : rien n'est fait de la part de leur organisation pour leur donner des réponses claires sur leur condition, hormis les culpabiliser. Quant à quelconque déficience génétique, ce n'est pas dans ce monde imparfait que Dieu a prévu de la solutionner.

Si donc une conclusion devait être présentée, elle se ferait plutôt sous la forme d'un appel au raisonnement : où trouve-t-on dans la Bible la moindre affirmation qu'une vie de chrétien devrait être synonyme de détresse et de frustration, quand Jésus lui-même déclara dans l'évangile de Matthieu chapitre 11 verset 29 :

" Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi, car je suis doux de caractère et humble de cœur, et vous trouverez du réconfort pour vos âmes " (Traduction du Monde Nouveau)

et ce en réponse au Psalmiste qui, inspiré par Dieu, déclara dans le Proverbe chapitre 10 verset 22 (déjà cité dans les notes) :

" C'est la bénédiction de Yahvé qui enrichit, sans que l'effort y ajoute rien " (Bible de Jérusalem)

La Bible devrait toujours avoir le dernier mot. Beaucoup de Témoins de Jéhovah sincères en sont pertinemment conscients, mais une barrière immatérielle les empêche trop souvent de mener à terme leurs démarches de recherches approfondies. N'est-ce pourtant pas ce que la Bible nous encourage à faire ?

 


Références pour cette page :

 1 - Pourquoi s'intéresser aux Témoins de Jéhovah homosexuels ?

(1-01) La Tour de Garde du 15 Octobre 1990, page 21, rappelait : " Au lieu de réclamer que l'homosexualité ne soit plus considérée comme un crime, les véritables chrétiens exhortent ceux qui sont esclaves de ces pratiques qui déshonorent Dieu à s'en affranchir en se tournant vers la Parole de vérité.". En 1983, l'édition du 1er septembre page 24 affirmait de son côté : "la Loi que Dieu donna jadis à Israël stipulait que les homosexuels devaient être exécutés". Un peu plus loin (page 26), ce même article ajoutait : "il se peut que certains de nos frères et de nos sœurs chrétiens ressentent de temps à autre une attirance sexuelle pour des personnes de leur sexe. Cependant, ils combattent cette appétence perverse et satanique et refusent d'y succomber ". Les TJ ne considèrent pas l'homosexualité comme une orientation sexuelle mais comme une mauvaise habitude dont il faut se défaire.

(1-02) Par exemple, en Iran, pays islamiste, les homosexuels sont punis de peine capitale, par pendaison. En 2007 c'est la mobilisation de la communauté internationale qui a évité un tel chatiment à un jeune homme de 21 ans accusé de relations homosexuelles lorsqu'il avait 13 ans ( voir cet article du Post ). "On estime à 4000 le nombre de gays et de lesbiennes qui ont été exécutés depuis l'arrivée au pouvoir des Ayatollahs en 1979" ( voir cet article du magazine Tetu ).

(1-03) La Tour de Garde du 15 février 2009, page 4 : " Babylone la Grande, l'empire universel de la fausse religion, est une partie immonde du système mauvais de Satan ".

2 - Détresse et paradoxe

(2-01) La Tour de Garde du 15 juin 2002, sous l'article " Question des lecteurs : Un ministre chrétien peut-il prononcer un discours d’enterrement pour quelqu’un qui s’est suicidé ?", déclare : " Les chrétiens tiennent compte du point de vue de Jéhovah sur le suicide. Pour Jéhovah, la vie humaine est précieuse et sacrée (Genèse 9:5 ; Psaume 36:9). Mettre fin à ses jours équivaut à un meurtre, ce qui, évidemment, déplaît à Dieu ". Le même article conlut ainsi : " Autre facteur important à considérer : les troubles psychiques ou affectifs dont souffraient bien des personnes qui se sont donné la mort. [...] Un ministre chrétien tiendra compte de la situation du défunt et de ses antécédents médicaux avant de décider ou non de diriger une cérémonie funèbre. [...] Il y a encore un aspect à envisager : comment le suicide et la mort de la personne sont-ils considérés dans la localité ? Dans leur volonté de préserver la réputation des Témoins de Jéhovah, les anciens s’en préoccuperont. En fonction de l’opinion qui prévaut sur le suicide, et particulièrement dans le cas qui se présente à eux, les anciens préféreront peut-être ne pas apporter leur soutien en public à ce genre de funérailles ni permettre qu’elles aient lieu à la Salle du Royaume. ". Lorsque la Tour du Garde du 12/10/2010 sus-mentionnée parle d'un témoin "dont le conjoint, infirme, ne peut avoir de rapports sexuels", au moins en cette occasion on sait que la Watchtower en fut responsable, pas le couple lui-même !

(2-02) Bien évidemment, un Témoin homosexuel peut autant se marier qu'un Témoin hétérosexuel, d'un point de vue administratif s'entend. Mais il sera incapable de rendre le dû conjugal à son épouse, n'ayant aucune attirance physique pour elle. Malgré tout, bien des Témoins ont essayé de cacher leur homosexualité, ou se sont convaincus de "guérison spontanée", en se mariant. Comme on peut le deviner, les résultats ont été désastreux. Dans le meilleur des cas, les bisexuels s'efforcent de se focaliser sur la partie hétérosexuelle de leur orientation. Cas extrême, des Témoins homosexuels qui se sont mariés avec une soeur lesbienne, persuadés que leur solitude serait finie tout en ayant leurs sentiments mutuels compris. Avec adultère à la clé.

3 - " Les homosexuels n'hériteront pas du Royaume de Dieu "

(3-01) Le dossier à volets bible et homosexualité de ce site reprend un à un tous les versets bibliques utilisés à charge contre l'homosexualité/l'homosexuel.

(3-02) 1 Timothée 4:2,3 " l'hypocrisie de discoureurs de mensonge marqués au fer rouge dans leur propre conscience. Ils interdisent de se marier et prescrivent de s'abstenir d'aliments que Dieu a créés pour qu'ils soient pris avec actions de grâces par ceux qui sont croyants et qui connaissent la vérité. " (Nouvelle Bible Second).

(3-03) Les Témoins sont "atteints" de ce qu'on appelle le "provincialisme religieux" dans leurs argumentations. Cette méthode fait appel  à une tendance à s'identifier de près à un groupe particulier (en l'occurence les TJ sont les seuls vrais chrétiens, et la Bible ne parle que d'eux en tant que tels) et voir les choses globalement en ayant le point de vue depuis l'intérieur de ce groupe plutôt que depuis l'extérieur. Dans son ouvrage " la Rhétorique Logique et Contemporaine", aux pages 54 et 55, Howard Kahane explique : "le provincialisme provient souvent d'une conception fausse de l'importance et de la qualité morale de son propre groupe... Dans sa forme extrême, l'illusion du provincialisme se transforme en vice plus mauvais, l'illusion de fidélité. C'est l'illusion de croire (ou de refuser de croire) en face d'une preuve contraire meilleure à cause de la fidélité à la province."  Un dictionnaire analogique apporte plusieurs définitions pour le provincialisme : " qui comporte de l'aversion, de la haine pour qqch[Caract.] / comportement de rejet pour les opinions d'autrui / intolérance[Gén.] / fanatisme - fondamentalisme, intégrisme - parti pris, préjugé - sectarisme - esprit de clan, exclusivité - étroitesse, étroitesse d'esprit - intransigeance - attitude dogmatique - esprit de clocher - intolérance religieuse - dogmatisme[Spéc.] "

(3-04) Une enquête réalisée aux Etats-Unis par la Cité Universitaire de New York et publiée en 2001, sous la supervision du Dr Ariela Keysar, est disponible (en anglais) ici : http://www.gc.cuny.edu/faculty/research_studies/aris.pdf [22 clics] ou sur la page téléchargements si le lien devenait indisponible. Entre autres informations, ce rapport de 48 pages révèle (page 28) que si le pourcentage total des adultes américains divorcés ou séparés est de 9% en 1990 et en 2001, que le taux pour les Témoins de Jéhovah a été supérieur à la moyenne en 1990 avec 11% et inférieur à la moyenne en 2001 avec 6%. L'écart entre 11% à 6% sur ce court laps de temps est probablement due à un échantillon moindre de personnes contactés. Mais on note que le taux de divorce chez les Témoins de Jéhovah fluctue autour de la moyenne nationale.

(3-05) Dans son ouvrage "Crise de conscience", Raymond Franz, ancien membre du Collège Central des Témoins de Jéhovah, témoigne de la réglementation des pratiques sexuelles imposées par la Watchtower durant les années 1970 et des nombreux cas de divorces et couples brisés qui en ont résulté. Voici ce q'u'il dit à la page 57 : "Au nombre des personnes touchées par les règles de l’organisation on en comptait certaines dont les fonctions sexuelles normales avaient été gravement diminuées à la suite d’une opération ou d’un accident. Certaines exprimèrent leur consternation pour la position dans laquelle les mettait la décision du Collège Central. C’est ainsi qu’une personne devenue impotente avait, au cours des années qui suivirent, été capable d’assumer sa sexualité en utilisant l’une des pratiques maintenant condamnée par l’organisation. Avant la décision du Collège Central, il pouvait encore se considérer comme un homme à part entière, car il pouvait toujours satisfaire sa femme. Maintenant il écrivait qu’il ne voyait pas, dans les Ecritures, quoi que ce soit justifiant la position prise dans La Tour de Garde, mais sa femme considérait que c’était son devoir d’obéir, et, parce qu’il l’aimait, il avait accepté. Il disait qu’il se savait être toujours le même homme, mais il redoutait terriblement que son mariage n’en soit profondément affecté. Il suppliait qu’on lui dise s’il existait quelque “échappatoire” en accord à la volonté divine, qui lui permettrait la satisfaction de donner du plaisir à son épouse."

4 - Homosexualité au quotidien

(4-01) A opposer avec ce que la Bible déclare quant au lot réel du chrétien : " C'est la bénédiction de l'Éternel qui enrichit, Et il n'y ajoute aucun chagrin " - Proverbes 10:22 (Bible La Colombe).

(4-02) Bob se souvient des paroles de Jésus : " Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son coeur, l'adultère avec elle. " (Matthieu 5:28 - Bible de Jérusalem). On peut supposer que le principe s'applique aussi au désir d'un homme.

(4-03) Psaume 104:15 : " Le vin réjouit le coeur de l’homme et fait resplendir son visage " (Bible du Semeur).

(4-04) Matthieu 12:34 : " ce qu’on dit vient de ce qui remplit le coeur " (Bible du Semeur).

(4-05) Le magazine " Réveillez-Vous!" du 22 juin 1985, page 9, sous l'article " Le bonheur: Comment le trouver ?", reprenait les propos du psychiatre et psychanalyste nord-américain Smiley  Blanton: " Sans amour, nous perdons la volonté de vivre (...). Notre sentiment de culpabilité peut affaiblir notre volonté de vivre et, dans des cas extrêmes, provoquer notre autodestruction. "

(4-06) Le site tchadonline.com rapporte par exemple le cas sordide survenu en 2001 de la mise à mort programmée d'un homme par son ex-compagnon et l'amant de ce dernier. Les drames découlant d'union à trois ne sont bien entendu pas spécifiques aux homosexuels, mais ils démontrent que la jalousie est aussi présente chez eux comme chez n'importe quel couple hétérosexuel (la femme étant généralement plus jalouse que l'homme).

(4-07) Proverbes 17:17 : " Un ami aime en tout temps et, quand survient l’adversité, il se révèle un frère " (Bible du Semeur). " En tout temps, l’ami est fidèle à son affection: il est naturellement un frère dans le malheur " (Bible du Rabbinat Français)

14502 Cette page a été actualisée le 29 octobre 2011 à 09h09 Envoyer le lien de cette page par email Imprimer